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  • Des techniques de contrôle et d’exploitation

    Les techniques numériques facilitent l’autonomie mais peuvent aussi faciliter et même aggraver l’exploitation et le contrôle des travailleurs. Elles prolongent et intensifient les méthodes tayloristes, loin d’avoir été abandonnées dans les nouveaux emplois de la grande distribution, de la restauration rapide ou des centres d’appel. Elles facilitent le contrôle de tâches simplifiées à l’extrême que des personnes sans qualification peuvent effectuer après quelques jours de formation. Le caractère routinier et monotone du travail conduit à une importante rotation de main d’œuvre. Des moyens de plus en plus sophistiqués ont été mis au point pour la gestion et la surveillance des ressources humaines. Des progiciels de gestion intégrés prescrivent les tâches à accomplir, standardisent les procédures et effectuent un contrôle a posteriori. A l’aide des GPS, est établie à l’avance, la tournée d’un livreur qui sera soumis à un contrôle permanent. Dans le domaine de la logistique, un logiciel de guidage vocal donne des ordres au préparateur de commande équipé d’un casque. Il lui indique les différents articles commandés et l’endroit où il doit les prendre. La préparation de commande est devenue une course de vitesse pour tenir les quotas et gagner des primes. Le préparateur est traité comme un appendice des machines, un robot utilisé et dirigé par des machines. A été inventé récemment par un chercheur américain, « un badge sociométrique » porté autour du cou du travailleur afin de mesurer le ton de sa voix, ses gestes et sa propension à parler et à écouter. Internet après avoir été plateformé par de grandes entreprises américaines en situation de quasi monopole, modifie les conditions de travail et souvent les aggrave. A côté des sites gratuits et communautaires des débuts du réseau, sont apparus au début des années 2000, des plateformes marchandes qui moyennant rétribution, mettent en relation des clients de services et une masse éclatée de travailleurs précaires. Ces travailleurs indépendants, sans grande qualification, sont à la recherche de petits jobs en menant souvent de front plusieurs activités. Fortement dépendants des plateformes, ils travaillent à la commande sans les garanties et la sécurité sociales qu’offre le salariat. Ils sont notés et classés par des algorithmes qui sécurisent leurs échanges avec les clients. Toute une gamme de travaux est proposée avec des conditions de travail plus ou moins dégradées. La plateforme de taxi Uber, une des plus connues, laisse aux chauffeurs autoentrepreneurs une grande latitude dans l’accomplissement de leurs tâches. Hopword, une des plus grandes plateformes américaines, met en relation les entreprises et les travailleurs des métiers de bureau dans cent quatre-vingt pays. A partir des notes attribuées par les entreprises, elle conserve certains travailleurs et en élimine d’autres. Sur la plateforme Amazon Mechanical Turk, les donneurs d’ordre accèdent à une main d’œuvre massive et variée qui réalise les petites tâches qu’un ordinateur ne parvient pas à accomplir comme l’ analyse et le classement du contenu de milliards d’images. Cette main d’œuvre résidant dans des pays les plus pauvres, est recrutée pour un mois ou un jour et rémunérée une misère.