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Massification de l’art : démocratisation ou propagande ?

La domination culturelle est une condition centrale de la domination politique, n’en déplaise aux marxismes vulgaires. Comme nous l’avons noté, les Francfortois souscrivent à cette idée et c’est ce qui mènera Benjamin à identifier la nécessité de retourner l’art de masse contre la société capitaliste. Selon lui, l’art de masse peut se révéler émancipateur ; mais pas en l’état des choses, où la production culturelle est gérée de manière capitaliste bien sûr. Pour Adorno et Benjamin, la fonction de l’art comme instrument d’émancipation et de lutte contre les formes rigides de la société administrée est théoriquement admise. La divergence se situe au niveau de l’identification de cet art salvateur. Benjamin pense que l’art de masse peut satisfaire les exigences révolutionnaires, par sa politisation, une fois sa fonction rituelle anéantie. En d’autres termes il s’agit d’introduire le ver dans le fruit de la société capitaliste de masse par l’usage de ses propres méthodes. En ce sens, Benjamin considé- rera par exemple Les Temps Modernes comme une œuvre résolument progressiste, issue d’une avantgarde de masse. Ce paradoxe n’est pas tenable pour Adorno : l’art de masse ne peut se révéler émancipateur car il est structurellement et essentiellement instrument autoritaire dont ne peut découler que la barbarie de par son « irrationalité immanente ». Adorno ne croit pas, contrairement à Benjamin, que l’art de masse puisse être révolutionnaire. L’art de masse recèle une barbarie indissoluble, inhérente à son caractère grand public, dû à la nécessité qu’il a de séduire et de divertir. Adorno l’écrira d’ailleurs de manière relativement convaincante dans ses lettres à Benjamin, en exprimant son incapacité à se réjouir devant les rires des spectateurs de Chaplin face aux malheurs burlesques de Charlot, avatar du prolétaire aliéné et in fine seule mise en scène mimétique. Comme le note Csaba Olay, pour Adorno, l’art « en tant qu’industrie culturelle [est] une gigantesque tromperie de masse ».

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