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société

  • Les médias comme espace de visibilité sociale

    De nombreux auteurs ont cherché à saisir les implications des mutations contemporaines de l’espace public (Wolton, 1991 ; Genard, 1996 ; Girod, 2000 ; Miège, 2010). Nous renvoyons ici à l’une des tentatives les plus abouties, que l’on doit au sociologue anglais John Thompson (2005). Celui-ci s’est employé à cerner les « nouvelles modalités de la visibilité sociale » en s’intéressant aux transformations des interactions sociales engendrées par le développement des médias de communication. Quelles sont ces nouvelles formes d’interaction sociale ? Que peuvent-elles nous apprendre sur les phénomènes contemporains d’invisibilité sociale ? Pour les saisir, il convient d’abord de les distinguer de la forme la plus élémentaire que constitue l’interaction de face-à-face. Celle-ci suppose une situation de coprésence, laquelle rend possible un échange dialogique entre plusieurs individus ou groupes sociaux : « un individu parle à un autre (ou à des autres) et le destinataire peut répondre ». La situation de coprésence permet d’intégrer des compléments aux paroles échangées, comme des gestes, des expressions faciales, des changements d’intonation, etc., susceptibles de faciliter l’interprétation des messages communiqués. Or, les médias de communication ont créé des formes nouvelles d’interaction qui diffèrent fortement de cette situation de face-à-face. Thompson distingue entre les « interactions médiatisées » et les « quasi-interactions médiatisées ». Les premières renvoient au courrier postal ou encore aux conversations téléphoniques, qui permettent de s’affranchir des contraintes d’espace et de temps limitant de facto les situations de coprésence. Le coût de cet affranchissement correspond à un rétrécissement de la diversité des signes que l’on peut employer pour communiquer (perte des gestes et des expressions faciales). Pour autant, l’interaction demeure à double sens et permet à chacun de s’exprimer. De son côté, la quasi-interaction médiatisée renvoie à une situation de communication à sens unique. Les livres, journaux, films, émissions de radio et de télévision, etc., se caractérisent d’abord par le fait qu’ils sont produits pour un nombre indéfini de destinataires potentiels. Ils ne s’adressent pas à une personne en particulier mais à un groupe relativement indéfini d’individus. Or, cette première caractéristique en induit une seconde, soit le caractère monologique de la communication : « le lecteur d’un livre ou d’un journal (…) est avant tout le destinataire d’une forme symbolique dont le producteur n’attend pas de réponse directe et immédiate »8. Ainsi l’interaction de face-à-face a-t-elle été complétée par d’autres formes d’interaction qui sont progressivement devenues les éléments les plus déterminants de l’espace public. Avec quel impact sur l’accès à la visibilité sociale ?

  • Les attributs de notre société

    Les attributs de notre société sont de plus en plus flou étant donné le manque de décision politique et sociétale. Il serait, sans doute, inutile d'insister ici davantage sur l'indication générale des attributs fondamentaux de cette coopération distributive et spéciale, principe nécessaire de tous les travaux humains, et dont l'esprit de notre temps, sauf quelques aberrations exceptionnelles, est plutôt porté à s'exagérer la puissance, ou du moins à méconnaître les limites et les conditions. Pour en compléter suffisamment l'indispensable appréciation sociologique, nous devons surtout examiner maintenant l'ensemble des nécessités qu'il impose, d'après les inconvénients essentiels qui lui sont propres, comme je l'avais déjà ébauché, en 1826, dans le second article de mes Considérations sur le pouvoir spirituel. C'est principalement sur un tel examen que me semble devoir reposer immédiatement la théorie élémentaire de la statique sociale proprement dite, puisqu'on y doit trouver le véritable germe scientifique de la co-relation nécessaire entre l'idée de société et l'idée de gouvernement. Quelques économistes ont déjà signalé certains inconvéniens graves d'une division exagérée du travail matériel, mais sous un aspect beaucoup trop subalterne, et surtout sans remonter nullement jusqu'au principe philosophique d'une telle appréciation. Dès le début de ce Traité (voyez la première leçon), j'ai moi-même caractérisé, dans le cas bien plus important de l'ensemble du travail scientifique, les fâcheuses conséquences intellectuelles de l'esprit de spécialité exclusive qui domine aujourd'hui, et dont les volumes précédens m'ont fourni plusieurs occasions capitales de constater l'imminent danger philosophique. Il s'agit ici, abstraction faite de toute vérification plus ou moins étendue, d'apprécier directement le principe général d'une telle influence, afin de saisir convenablement la vraie destination du système spontané de moyens essentiels d'une indispensable préservation continue.